« Je ne m’y retrouve plus » « Je suis perdu(e) » … Quel lien entre identité et travail?

Mis à jour : juin 17

De plus en plus d’individus se questionnent au sujet de leur vie professionnelle. Ce qu’elle est actuellement, ce qu’elle leur apporte, ce qu’ils désirent à moyen et long terme… Pourquoi cette tendance générale ? Qu’est-ce que cela engendre ? Comment se retrouver ?


L’idée de cet article ? Ouvrir la discussion sur ces questionnements autour du projet professionnel, de la carrière. Questionnements très présents dans notre société et que nous rencontrons dans notre quotidien de psychologue du travail. C’est ainsi un sujet que l’on interroge et que nous proposons de transformer en opportunités de connaissance et d’affirmation de soi.


Le paradoxe du choix : Réduire les possibles pour plus de satisfaction ?


Les recherches en psychologie sociale ont démontré que plus il y a d’options qui s’offrent à nous, plus il y a une charge d’informations et moins on parviendrait à faire un choix. Cela nous mènerait même à prendre une décision moins efficace et/ou moins satisfaisante ( voir « Le paradoxe du choix » de Schwartz ). Aussi le choix peut être vu également comme le fait de renoncer à une option potentiellement meilleure ce qui peut génèrer anxiété et frustration.


Dans une société où l’information en tout genre ne cesse d’aspirer notre esprit et où la comparaison sociale n’a jamais été aussi présente, il semble parfois difficile d’arbitrer et de valoriser nos choix. En effet, cela crée bien souvent une surcharge mentale qui peut empêcher la personne d’avancer et l’amener à développer un sentiment de stagnation, de perdition, de crise identitaire même.


Si l’on recentre un peu le sujet et qu’on arrive sur la sphère professionnelle, il est important de comprendre la portée identitaire du travail.


La fonction identitaire du travail


Cette notion de “travail identitaire” est fondamentale pour comprendre les effets du travail sur celui qui le réalise. Nous savons tous que l’activité professionnelle peut à la fois être vecteur de satisfaction et d’épanouissement tout comme elle peut être destructrice pour l’homme. Mais le choix du projet professionnel dans lequel s’investir (non pas l’occupation du poste en lui-même) est aujourd’hui tout aussi perturbant. Pourquoi?


  • Tout d’abord c’est quoi l’identité ?


J’apprécie cette définition de MacAdams (1999) qui présente le concept comme étant

« l’histoire intériorisée et évolutive qui résulte de l'appropriation sélective du passé, du présent et du futur par une personne».

Cette définition est très intéressante car elle permet d’envisager l’identité comme un projet en perpétuel devenir plutôt qu’une réalité figée. En effet, l’identité évolue et se dessine au regard de nos expériences passées mais également au regard de nos désirs de devenir qui nous souhaitons être. Et là encore, les possibilités sont nombreuses d’autant plus dans ce monde d’hyper communication, visibilité et surexposition à la vie de tout un chacun.


Et le travail dans tout ça, quel rôle joue-t-il ?


  • « Tu fais quoi dans la vie ? » : Travail et rôle

Question à laquelle on échappe rarement lorsqu’on rencontre une personne. On peut l’analyser comme un moyen d’identification sociale d’autrui (sur la base de nos représentations, donc pas forcément réaliste). Cela nous rassure de pouvoir identifier une personne jusque-là inconnue. Pourquoi commencer par le travail ? C’est surement tout aussi informatif mais moins intrusif que « Tu es marié(e) ? Tu as des enfants ? Tu es locataire ou propriétaire ? Tu as quel âge ? »  … Autant de façons de « catégoriser » l’inconnu.


Aussi, le fait d’avoir un emploi renvoie à occuper un rôle en société. Il s’agit d’un rôle professionnel ET social qui participe à notre identité au travers notamment de sa fonction de “catégorisation” pour autrui.. Mais ce n’est ici qu’un pan de notre identité : l’identité reflétée au travers de ce rôle. Notre identité réelle, dans laquelle on s'épanouit et on se sent “soi-même” n’est pas toujours en adéquation avec l’expérience que ce rôle nous donne à vivre.


  • De l’importance de l’expérience de travail...

Au travers de ce rôle, l’expérience de travail, qu’elle soit satisfaisante ou non, vient confronter nos valeurs, nos appétences, nos limites en termes d’acceptation, nos désirs etc., avec ceux d’autrui. À cela s’ajoute le jugement de notre travail par nos collègues (hiérarchiques ou non), notre entourage et nous-même qui nous renvoie à une évaluation de celui-ci. Travail que nous réalisons nous-même et dans lequel nous mettons nécessairement de notre personne… Cette évaluation va donc naturellement se rapporter à notre identité.


Plus spécifiquement, on le voit au regard de l’impact négatif de certaines situations professionnelles. Le chômage, notamment de longue durée, à un effet négatif sur la santé psychologique tout comme une situation de travail insatisfaisante peut mener au burn-out et autre syndromes liés à l’activité professionnelle (bore-out, brown-out, épuisement, etc.).

Ainsi, le travail peut venir renforcer (lorsque le vécu est positif) ou déstabiliser (lorsque le vécu est négatif) l’image que l’on a de nous. Ce phénomène semble grandissant au regard de notre société de plus en plus dans la comparaison sociale.


Alors... Comment être satisfait de sa situation quand l’herbe nous semble toujours plus verte ailleurs ?


  • ...À la nécessité de capitaliser sur cette expérience

Il nous semble que se recentrer sur soi, son identité, ses choix et apprendre à les comprendre permets plus de sérénité. Il s’agit là de réaliser un travail de compréhension, au travers notamment de l’explicitation de ses expériences vécues qu’elles soient positives ou négatives.


C’est ainsi le chemin pour prendre conscience de ses atouts, de ses accomplissements mais également pour définir ses axes de travail permettant d’évoluer vers la personne que l’on désire devenir. Il s’agit ensuite de (re)dessiner un projet professionnel qui permet de trouver du sens et de travailler ses axes de progression, d’occuper une fonction qui réponde à ses appétences et ses envies… ou même les deux.


Pour se faire, il faut déjà comprendre ce qui nous anime, ce qui fait notre personne, ce pourquoi on a envie de devenir telle personne. Cela permet d’expliquer nos expériences et de capitaliser dessus pour renforcer son identité et nos choix. Il sera bien plus facile de valoriser sa personne par la suite et de réaliser le plan d’action menant au projet que l’on ambitionne.


La réalisation de ce projet, la satisfaction d’avoir su redonner du sens à ses choix et de pouvoir ainsi s’épanouir sont de réels facteurs de renforcement de notre identité !

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